Pourquoi Happy Ordi ?
Ce projet est né d’un double constat : des millions d’ordinateurs encore fonctionnels finissent à la benne faute d’alternatives accessibles, et les outils pour y remédier existent — mais restent hors de portée du plus grand nombre.
Happy Ordi est à la fois un logiciel libre et un projet entrepreneurial, construit sur vingt ans d’expérience technique et de terrain, et sur une conviction écologique de longue date.
Cette page en retrace le chemin, pour que ceux qui la liront puissent mesurer ce qui se joue vraiment : entre obsolescence programmée, fracture numérique et urgence écologique, Happy Ordi sera une réponse née du terrain.
La nature et la technique
Au début, je veux dire, au tout début, petite, j’étais attirée par la nature, et aussi par la technique.
Puis après l’école j’ai travaillé dans des tas de petits jobs. Puis j’ai passé un diplôme en Agriculture Biologique, puis j’ai eu une fermette, et enfin pour la première fois mon propre ordinateur et une connexion internet 56k. Je voulais communiquer sur la bio et les alternatives écologiques concrêtes que j’avais rencontrées. C’est comme ça que ça a commencé.
Une évolution progressive
De fil en aiguille, apprenant et aidant aussi les autres à travers internet et dans la vie courante, j’ai commencé à fournir des services professionnellement, à partir de 2009, et aussi à apprendre à reconstruire des distributions.
J’ai commencé avec PCLinuxOS durant 3 ans, puis Ubuntu et ensuite antiX Linux. Mon objectif était de rendre faciles à utiliser des distributions légères, et rendre légères des distributions faciles à utiliser, parce qu’encore en 2009 on avait l’un ou l’autre, mais les deux, pas trop.
Et ça a l’air plutôt facile à dire, mais j’ai beaucoup cassé les distributions avant d’arriver au résultat souhaité. Autour de 2008-2009, on cherchait à avoir des versions qui fonctionnaient bien sur tous les PC, tout en restant sous la barre des 700Mo pour les images d’installation : afin de pouvoir graver le système sur des CD.
De bénévole à professionnelle
À cette époque, maman d’un jeune enfant, et pas trop disponible pour une activité professionnelle complète, mais ayant eu des personnes venues par le bouche-à-oreille me demander des services autour de leurs besoins numériques, j’ai opté pour le portage salarial afin de satisfaire leurs demandes. Quelques années plus tard j’ai changé pour un statut d’entrepreneure au réel, et tenu une boutique durant 5 ans.
Autodidacte, confrontée aux mouvements sociaux et aux événements autour de la pandémie, j’ai modifié ma trajectoire et j’ai cherché une solution pour progresser.
Professionnelle et étudiante
Ayant découvert que je pourrais être à nouveau étudiante, j’ai recherché et trouvé une école et une entreprise. J’ai suivi une alternance pour m’ouvrir de nouvelles portes, avec l’obtention d’un diplôme en informatique.
J’ai obtenu mon diplôme et vécu 2 très belles années professionnelles. Les portes que j’avais espérées sont restées fermées, ce qui a été le catalyseur pour relancer le projet que je n’avais pas oublié.
L’expérience au service du projet
Issu de vingt ans d’expérience technique, en relation avec la pédagogie auprès des utilisateurs, ce projet est ancré dans une conviction écologique de longue date qui ne m’a jamais lâchée, et une réponse concrète à la fracture numérique.
Ce que j’ai appris à faire, était la prise en mains et l’utilisation des logiciels libres à ma disposition, l’adaptation de ceux que je reconstruisais pour les adapter aux ordinateurs que l’on me confiait, sans oublier les détails qui permettent aux propriétaires de ces machines de comprendre comment les utiliser.
Ces adaptations me permettaient aussi bien de sortir une fiche technique sur le matériel à l’aide de lshw et de lspci, que de plonger depuis un live Linux dans les répertoires d’un système ne voulant plus démarrer pour en récupérer les données, ou encore de rechercher et de corriger les corruptions de systèmes de fichiers.
Chemin faisant
Un jour, lors d’un dépannage chez des particuliers au milieu de la campagne, la cliente me parle d’un PC qu’elle avait eu et mis à la poubelle en déménageant.
En discutant avec elle pour essayer d’approfondir un peu et peut-être la sensibiliser aux alternatives, elle m’a mise sur la voie : pourquoi les utilisateurs ne réagissaient-ils jamais aux termes de « stabilité » et de « sécurité » qui étaient les leitmotiv des amoureux du logiciel libre ?
Les utilisateurs ne comprenaient simplement pas de quoi on pouvait bien parler.
Communiquer localement
Une autre fois, j’avais créé à l’aide de GIMP et d’Inkscape des maquettes de flyers que j’avais fait imprimer, puis distribués moi-même partout jusqu’à plus de 50 km de chez moi, avec dessus ce message : “Sauvez vos PC ! Faites-les durer ! Diagnostic offert !”
Une dame, entre autres, était venue me voir avec 2 PC portables.
Son témoignage est encore dans le livre d’or de mon site Orditux Informatique : «Marie-Hélène de Pamiers a écrit le 28 novembre 2015 à 13 h 35 min : Merci Orditux pour votre disponibilité et votre efficacité. Grâce à vous nous avons deux ordis en état de marche alors qu’ils étaient inutilisables sous Windows. C’est génial, l’adaptation se fait rapidement. Merci encore.»
Une généralisation du gaspillage
Ce n’étaient pas des cas isolés. Au fil du temps, j’observais de plus en plus d’exemples de particuliers, d’entreprises et de structures de toutes sortes qui avaient des ordinateurs remisés dans un coin, attendant une fin inévitable : la benne ou le démantèlement. Pourtant, ce qu’il faut pour leur donner une seconde vie se limite souvent à un nouveau disque plus rapide comme un SSD, un peu plus de RAM, parfois un autre processeur, et presque toujours une distribution Linux bien choisie.
Un jour, j’ai pensé qu’il ne suffirait pas de grand-chose pour pouvoir démocratiser ces méthodes, en les adaptant aux habitudes des utilisateurs.
Brainstorming pour sauver les PC
C’est de cette réflexion qu’est née Happy Ordi : ce serait une clé USB Linux live repensée et simplifiée, avec des services associés pour faciliter les diagnostics avant optimisation des PC de seconde main. Elle viserait à démocratiser le reconditionnement grâce aux logiciels libres, pour des objectifs économiques, écologiques et sociaux !
Il faudrait l’assortir d’une documentation illustrée fournie avec l’outil, d’une offre de service distant pour soutenir les efforts des opérateurs l’employant, mutualiser les informations techniques au titre de l’entraide sur le reconditionnement…
Il faudrait aussi réaliser des tests et des recherches sur les combinaisons entre matériels et logiciels les plus aptes à traiter le plus grand nombre de modèles d’ordinateurs encore fonctionnels.
Premiers tests
Toutes ces démarches font partie des tests préliminaires que j’ai déjà pu opérer au moins partiellement, du choix de clés USB en passant par des tests avec diverses distributions Linux dédiées au diagnostic, et en déterminant les points forts et les points faibles de 2 POC (Preuves De Concept) déjà réalisés. Le premier date de 2020, c’était déjà une distribution fonctionnelle.
Le script ouvrait les messages en ASCII dans une console au fond noir après avoir créé un fichier « hardware » contenant toutes les informations sur les composants du PC. C’était utile pour moi, mais pas très parlant pour les quelques personnes à qui j’avais proposé de tester.
Ce que le terrain révèle
Par la suite, avant le second POC, j’avais pu mener en 2024 une série d’entretiens téléphoniques auprès d’une dizaine de structures de reconditionnement aux quatre coins de la France. Le constat avait été abasourdissant : aucune n’utilisait Linux pour tester et relever les informations matérielles simultanément. Certaines travaillaient encore manuellement sur le BIOS. La majorité envoyait au recyclage tout ce qui ne pouvait pas accueillir Windows.
De ce qu’il ressort de ces entretiens, le reconditionnement étant chronophage et la gestion d’une entreprise exigeant une rentabilité immédiate, les structures trient de manière drastique les machines qui arrivent dans leurs stocks, quels que soient les outils employés par ailleurs pour les évaluer.
Dans la plupart des structures, dès l’arrivée des palettes, tout modèle non compatible avec les versions les plus récentes de Windows est éliminé directement. Il ne sera pas testé pour le reconditionnement.
Les structures qui fournissent un choix de PC de réforme garantis, sous Linux, permettant ainsi d’utiliser des PC plus anciens, ne sont pas nombreuses.
Quand les chiffres parlent
Au long des années, en particulier durant les 5 années en boutique informatique, j’ai réparé et remis en bon état de fonctionnement nombre de PC qui auraient été déclarés « À remplacer » par d’autres réparateurs, et ce encore récemment.
En 2020, je remettais en état un portable Toshiba modèle L300D-23U de 12 ans d’âge, en en changeant le processeur, la RAM, et le disque pour un SSD. Le disque dur encore en état était réemployé dans un boîtier externe USB pour servir de stockage externe, ce qui nécessite moins de vitesse de lecture/écriture qu’un système d’exploitation.
De même en 2025, un PC portable Clevo d’une douzaine d’années est passé de 4 cœurs CPU à 8 cœurs CPU, de 4 Go de RAM à 16 Go, et de 128 Go de stockage à 512 Go.
Le gaspillage informatique est difficilement acceptable dans le contexte mondial de l’extraction minière et de la gestion des déchets électroniques.
Le recyclage en crise
Selon le Global e-Waste Monitor 2024 de l’UNITAR, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été générées dans le monde en 2022 : toutes catégories confondues, des smartphones au gros électroménager, dont les ordinateurs ne représentent qu’une partie, le tout avec une progression cinq fois plus rapide que les capacités de recyclage documentées.
Aux sources du problème
C’est pourquoi aux idées sur l’ergonomie d’un outil, sur l’usage du Logiciel libre, et la perception du public, s’ajoute dans le développement du projet Happy Ordi des réflexions et des recherches visant à mettre en œuvre un ensemble d’actions d’optimisation du temps passé sur les ordinateurs de réforme de toutes époques.
Happy Ordi s’appuie sur les logiciels libres à la fois pour la phase de diagnostic, mais aussi pour son environnement de travail et ses applicatifs pour l’infrastructure, et mettra en avant d’autres actions connues par ailleurs pour travailler sur les mêmes objectifs en faveur de l’économie circulaire et de la durabilité.
La course en avant
Plus récemment alors que le système d’exploitation le plus utilisé pour les usages quotidiens professionnels et personnels pousse des millions d’ordinateurs vers la benne à l’occasion du passage forcé de Windows 10 à Windows11, en même temps que Windows 12 est déjà annoncé, de plus en plus de groupes sociaux s’intéressent à la durabilité informatique.
Parmi eux, des médiateurs numériques, des fablabs, des repair cafés, des associations et des structures qui commencent à mesurer les conséquences des migrations forcées et pour qui Happy Ordi sera une réponse concrète et accessible.
Les fondations techniques
Le projet repose aujourd’hui sur 3 éditions différentes : Happy Ordi basée sur Bento Openbox Remix (Ubuntu LTS), et Happy antiX en versions 32 et 64 bits basées sur Bento antiX. Ce travail de remastérisation de distributions a commencé avec PCLinuxOS autour de 2009, avec une recette Openbox que j’avais adaptée pour moi-même sous Arch Linux, avec l’aide de plusieurs personnes, pour la rendre facile à utiliser au quotidien et accessible à tous les utilisateurs.
Trois ans plus tard, j’ai porté cette recette sur Ubuntu, donnant naissance à Ubuntu Openbox Remix, mise en ligne pour la première fois en 2012 (nom de code « Bento Openbox »).
Puis, à partir de 2022, j’ai adapté le même environnement à antiX Linux. C’est une distribution très légère et très aboutie à la fois, destinée aux ordinateurs anciens, et basée sur les dépôts Debian depuis 2012. Elle fournit des versions 32 et 64 bits, et refuse de passer à SystemD : elle conserve les anciens systèmes d’init et de gestion des services, pour plus de légèreté et de réactivité, ainsi que plus de maîtrise sur le système.
Les « respins » créés ont pour noms Bento antiX et sont actuellement disponibles en 32 bits et en 64 bits (pour les PC dotés de 2 Go de mémoire RAM ou ne pouvant pas reconnaître plus de 3 Go, et pour les autres modèles mieux pourvus, mais néanmoins lents avec d’autres distributions Linux).
C’est sur ces bases, construites et affinées pendant plus de dix ans, que reposent aujourd’hui Happy Ordi et Happy antiX.
D’autres distributions pourraient également servir de base au projet dans le futur, en fonction des besoins détectés et des possibilités techniques.
En cours actuellement
Le projet Happy Ordi, qui est à la fois un logiciel libre et un projet entrepreneurial, avance de plusieurs manières en parallèle.
L’infrastructure de Linuxvillage, dont les contributions bénévoles sont en ligne depuis de nombreuses années, et qui est le berceau des distributions Bento Openbox et Bento antiX, est régulièrement maintenue et a été consolidée.
Une recherche active de sponsors et de partenaires est engagée, dans le but de se déployer à grande échelle et de se propager largement, et une réflexion sur les prochaines étapes à suivre est en cours pour poser les bonnes fondations en préparant chaque étape à mesure que le projet avance.